L’image accompagne le texte depuis qu’il existe, dialoguant avec lui au rythme du développement de la civilisation. Cette dialectique (inter)sémiotique marque les tournants de la communication des sociétés pré-industrielle, industrielle et postindustrielle, exposant le traducteur aux différents rapports de force entre le texte et l’image. Ceux-là tracent l’évolution de la communication humaine depuis les images pariétales, à travers les codex ornés, les livres imprimés, jusqu’aux productions audiovisuelles et, finalement, l’image immersive. L’histoire semble avoir fait un tour complet : ayant débuté par l’image dans les caves à l’ère la plus primitive, l’homme social y est revenu à l’époque la plus sophistiquée techniquement, prouvant ainsi qu’elle n’est plus à considérer comme un signe à la remorque du mot. En effet, « L’image n’a jamais été autant reconnue qu’aujourd’hui comme un moyen essentiel de communication » (Tisseron, 2003 : 29)[*], et elle n’a jamais été aussi accessible sous toutes les latitudes, ce qui revient à dire qu’elle n’a jamais été autant traduite. Mais, d’un autre côté, elle n’a jamais été aussi diversifiée, s’articulant dans tous les codes sémiotiques et dans toutes les dimensions : depuis la dimension l’euclidienne jusqu’à la dimension l’immersive.

Or, l’image toute seule n’est souvent pas l’objet de la réflexion d’un traducteur, car il n’a pas la possibilité de la changer / adapter dans le message à traduire. Il peut, ayant conscience du manque de l’universalité des images, essayer uniquement d’approcher sa signification au public cible par des moyens verbaux, ce qui se ramène à une traduction intersémiotique. Pourtant, dans beaucoup de textes à traduire, l’image entre dans plusieurs relations de signification avec le texte qui l’accompagne ou que, inversement, elle accompagne, qu’il s’agisse d’un texte écrit, oral, médial, sur écran, pour construire ensemble un tout signifiant qu’il faut transmettre dans une autre zone linguistico-culturelle. Vu la complexité et la variété des images ainsi que les relations multiples qui les unissent avec les textes verbaux dans le transfert des contenus signifiants, le traducteur des textes multimodaux se trouve devant plusieurs dilemmes qu’il doit résoudre.

Ainsi, il en découle plusieurs questions qui s’étendent entre le traducteur et l’image ou l’image accompagnée d’un texte :

  • Que peut donc vouloir dire « traduire une image » ?
  • De quelle façon la traduction de l’image est conditionnée par :
    • la nature sémiotique de l’image,
    • son statut par rapport au texte : supérieur, inférieur ou égal, 
    • l’impact du développement des nouveaux médias sur le rôle de l’image dans la communication intra- et interlinguale, 
    • la modification de la lecture de l’image entraînée par les nouvelles technologies ?
  • Sur quoi se fonde le traducteur pour restituer le dialogue / les relations entre la parole et l’image dans la culture cible ?
  • Quels sont les obstacles qui limitent la resémiotisation de l’image dans un autre système culturel ?
  • Comment la présence de l’image dans un texte multimodal influence / change la traduction même de la parole ?
  • Dans quelle mesure le traducteur peut/ doit sous-estimer le rôle de l’image dans son projet de traduction ?

 

Ce numéro de SRP accueillera des contributions proposant des réflexions sur le traducteur face à la traduction de l’image aux différents niveaux de communication : artistique, littéraire, scénique, musicale, audiovisuelle, médiatique, multimédia, spécialisée, etc.

 

 

Calendrier

Soumission des propositions : 31.05.2020

Décision du comité de lecture : 30.06.2020

Soumission des articles complets : 31.12.2020

Retour des évaluations : 28.02.2021

Retour des articles révisés : 04.05.2021

Publication : décembre 2021

Langue de publication : français

 

Les résumés d’articles (nom, prénom, affiliation, adresse électronique, titre, résumé de 1200 signes espaces compris, 4-5 mots-clés, 4-5 références bibliographiques) sont                  à renvoyer à : tomaszki@amu.edu.pl, barwal@amu.edu.pl.

 

 

 

 

[*] Tisseron S., 2003, Le bonheur dans l’image, Paris : les Empêcheurs de penser en rond / Le Seuil.