Abstrakt
La tradition des voeux de Jean-Casimir de l'an 1656 joua un rôle politique caractéristique en Pologne à l'époque de l'impérialisme. Pendant le pontificat de Léon XIII, fut instituée, „en souvenir'' de ces „voeux royaux", une nouvelle fête, celle de la Sainte-Vierge, Reine de Pologne. Cela devait servir d'antidote national contre la fête de classe du 1 mai. Il s'agissait en premier lieu de detourner les masses paysannes en Galicie du mouvement révolutionnaire international des prolétaires, ce mouvement provoquant une peur panique parmi les grands propriétaires de cette région.
L'historiographie bourgeoise, assujettie au nationalisme et à la réaction, voyait dans ces ,,voeux" les premières manifestations d'idées populaires en Pologne (sic!). Le caractère antipopulaire et hypocrite de ces „voeux" fut démasqué jadis par Lelewel, qui révéla sous leur aspect pompeux et dévot les visées rapaces des seigneurs.
Ces voeux étaient considérés jusqu'a présent dans l'historiographie comme un événement à part, provoqué par des difficultés provisoires d'ordre militaire de la République. En réalité il faut en chercher la cause plus profondément, vu qu'ils appartiennent à un ensemble de faits relatifs aux conceptions politiques et aux institutions en Pologne au XVIIe siècle, et qu'en particulier il sont intimement liés au programme politique réactionnaire de „l'absoutisme catholique" de type hispano-habsbourg, qui préconisait entre autres certaines „réformes" sociales. Ce programme, de même que sa phraséologie sociale, découlaient de la situation sociale et économique de la République, d'une crise déjà aigue, d'une décadence du régime domanial basé sur la corvée, et constituait une réaction contre le mouvement révolutionnaire et antiféodal paysan.
Ce programme fut adopté entre autres par Starowolski, qui s'élevait contre les abus des seigneurs et contre l'oppression des paysans et demandait l'adoucissement de leur sort, craignant une révolution paysanne. En réalité il était partisan de la monarchie théocratique et par conséquent de l'absolutisme, qui aurait été à même de sauver le règne de la noblesse, entre autres moyennant certaines réformes relatives aux conditions de servage. La Pologne du XVIIe siècle ne connaissait pas de facteurs d'ordre économique et social permettant l'instauration de l'absolutisme éclairé, qui aurait assuré déjà, dans une certaine mesure, le développement de conditions de vie bourgeoises dans le cadre de la féodalité; tandis que l'absolutisme qui y était propagé avait pour but de freiner les relations de commerce. Starowolski s'opposait à ces relations qu'il considérait comme accroissant la misère paysanne, mais par cela même il propageait le retour à l'exploation primitive, garantissant le règne des seigneurs et de l'Église, qui acquerait dans ces conditions de décadence économique du pays une situation politique dominante.
Les voeux de Jean-Casimir contenaient un double programme d'institutions politiques et sociales. Le programme essentiel exprimait l'idée d'un catholicisme complet, s'étendant aux institutions de la République. Au point de vue politique et juridique la proclamation de la Sainte Vierge Reine de Pologne équivalait au renforcement et l'influence de l'Église catholique et de la participation de celle-ci au gouvernement et à la vie politique de la République. Ce programme fut lié au programme social de la réforme des conditions paysannes, plus strictement — au programme de la suppression des ,,abus'' dans les rapports de servage. Ce dernier programme était en réalité celui des seigneurs féodaux, comprenant la nécéssité de préserver la substance féodale, c.-a-d. les propriétés et leurs serfs, d'une exploitation excessive, telle que la pratiquaient les fermiers et les administrateurs des domaines, et qui menait à une dévastation rapide.
La réalisation du côté dévot des voeux s'exprime par l'expulsion des membres de la secte antitrinitaire, dite arienne de la République. C'est ainsi qu'on détruisait les conceptions antiféodales et qu'on raffermissait le régime de l'oppression sociale. Les forces de la réaction s'avérèrent alors suffisantes pour étouffer aussi bien les mouvements paysans que les conceptions qui étaient aux paysans favorables. Le programme social des „voeux" ne pouvait pas être évidemment exécuté dans les conditions d'une oligarchie composée de magnats, et nul parmi les seigneurs ne le prenait au sérieux.
L'historiographie nationaliste, de même que les publicistes réactionnaires écrivant sur l'histoire, considéraient ces plans de réforme des instutitions politiques, ainsi que les voeux de Jean-Casimir, comme expression de conceptions et d'idées progressistes. Ils ne tenaient aucun compte du fait que tout ce programme devait servir uniquement au maintien d'un régime social rétrograde, qu'il était préconisé par les forces principales de la réaction, l'oligarchie des magnats, et qu'il était conçu comme instrument de terreur de la réaction en cas d'apparition d'une vague révolutionnaire antiféodale.
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