Abstrakt
L’article concerne le problème de la liberté de parole en Pologne dans la période allant de 1918 à 1926. L’auteur traite son sujet en rapport avec l’agitation et la propagande menées par le parti communiste et les groupements politiques apparentés. Il ne s’intéresse pas autant à l’analyse des prescriptions de droit relatives à la liberté de parole, qu’à la réalisation pratique de ces prescriptions par les autorités administratives et juridiques.
La situation révolutionnaire créée en Europe en conséquence de la victoire de la révolution d’Octobre en Russie, faisait que les classes possédantes dans la Pologne indépendante se voyaient obligées de proclamer les droits et libertés de citoyen, y compris la liberté de parole. La constitution polonaise de 1921 accorda formellement à tous les citoyens le droit d'exprimer leurs convictions et leurs opinions. La législation ordinaire, réglant dans les détails le domaine de la liberté de parole, tendait à priver de cette liberté le mouvement révolutionnaire. Les codes pénaux hérités des puissances spoliatrices: russe, autrichien et prussien, les lois de presse, les dispositions concernant les mesures d’excep tion décrétées par les autorités polonaises — étaient dirigés contre la propagande et l’agitation révolutionnaires. Dès le début de l’existence de l’Etat polonais bourgeois, les répressions des autorités visaient la presse et les publications du parti communiste, des organisations blanc-russiennes et ukrainiennes pour l’indépendance, ainsi que des groupements paysans radicaux. Déjà dans les premiers mois de 1919 furent liquidées toutes les publications du parti communiste. Le parti communiste polonais dut se retirer dans le souterrain à cause des répressions des autorités. Dans les années qui suivirent, la presse ouvrière légale, dirigée du souterrain par le parti communiste, fut obligée de cacher soigneusement son appartenance idéologique. Malgré cela, les répressions et les chicanes administratives la poursuivaient toujours. La désorganisation de cette presse par des confiscations continuelles représentait un phénomène courant. Les distributeurs et les lecteurs des publications paraissant légalement, lurent souvent arrêtés et condamnés à la peine de prison. Au cours des années 1918—26 les autorités suspendirent plusieurs dizaines de publications ouvrières et paysannes, qu’elles considéraient comme étant communistes. De nombreux rédacteurs de publications légales se virent intenter des procès pour agitation communiste, et furent condamnés, plus d’une fois, à plusieurs années de prison. Les organisations ouvrières culturelles et d’enseignement, ainsi que les associations professionelles de gauche et leurs hommes d’action, furent sujets à diverses sanctions. C’est ainsi, qu’en pratique, et contrairement aux dispositions formelles de la constitution, les autorités administratives et judiciaires dépossédèrent le mouvement révolutionnaire de la liberté de parole pendant les années 1919—26.
Il importe de souligner que la majorité de droite de la diète polonasie — qui avait voté la constitution — se prononçait toujours pour la suppression de la liberté de parole, lorsqu'il était question de mettre cette liberté au profit du mouvement révolutionnaire. Au cours de toute la période discutée, la majorité réactionnaire de la diète prêta son entier appui aux autorités administratives et judiciaires combattant la propagande idéologique communiste. Elle joua souvent le rôle de promoteur d’actions dirigées contre les communistes, en réclamant constamment des sanctions plus sévères contre les personnes menant une activité révolutionnaire.
Dans les conditions de répressions et de persécutions frappant les militants communistes, fidèles à l’idéologie marxiste, le parti communiste — relégué dans le souterrain — entendait se servir de la tribune parlamentaire pour faire valoir ses idées et ses opinions.
Malgré l’action des autorités et des partis bourgeois pendant les élections à la diète de 1922, les communistes introduisirent dans cette assemblée leurs représentants, apparaissant comme membres du groupement nommé: Association du Prolétariat des Villes et de la Campagne. Mais sur ce terrain, non plus, les députés communistes ne purent mener librement leur activité de propagande. La durée de leurs discours était systématiquement limitée par le maréchal de la diète, et leurs réunions avec les électeurs étaient dispersées , ou chicanées par la police. La majorité conservatrice de la diète n’hésitait pas à livrer les députés communistes à la justice pour leur activité étant en rapport avec l'exercice de leurs fonctions de député. Les députés communistes Dąbal et Łańcucki, auxquels la diète avait retiré l’immunité parlamentaire, furent condamnés pour activité de propagande dans un esprit communiste à des réunions qu’ils organisaient comme députés, à plusieurs années de prison.
L’analyse de la situation de droit et de fait, réservée à la liberté de parole en Pologne au cours des années de 1918—26, démontre que les classes dominantes n’étaient pas capables d’exercer le pouvoir en s’appuyant sur les libertés civiques. Les difficultés relatives au gouvernement et au maintien de l’ordre dans le pays avaient provoqué l’anéantissement par la bourgeoisie de la liberté de parole — liberté démocratique, certainement fondamentale —, afin que celle-ci ne puisse servir à la classe ouvrière dans sa lutte contre la bourgeoisie. Le présent article confirme la thèse, avancée par certains historiens du droit polonais, de l’absence des libertés démocratiques en Pologne, déjà au cours des années 1918—26.
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