La liberté de la presse pendant la cadence du Gouvernement National en 1831
Journal cover Czasopismo Prawno-Historyczne, volume 13, no. 2, year 1961
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Keywords

Gouvernement National
prince Adam Czartoryski
Bureau de la Censure
liberté de la presse

How to Cite

Zajewski, W. (1961). La liberté de la presse pendant la cadence du Gouvernement National en 1831 . Czasopismo Prawno-Historyczne, 13(2), 159–196. https://doi.org/10.14746/cph.1961.2.05

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Abstract

Le Gouvernement National du prince Adam Czartoryski s'est prononcé pour une observation stricte de l'ordonnance du Gouvernement Provisoire du 11 dé­cembre 1830 supprimant le Bureau de la Censure. Ce f u t un renoncement évident à la politique dictatoriale de Joseph Chlopicki, qui en décembre tendait à limiter la liberté de la presse. A u temps de la cadence du Gouvernement National (jus qu'au 16. VIII.) les journaux jouissaient d'une entière liberté, indépendemment des opinions politiques qu'ils représentaient. La franchise des droits de timbre et des cautions permettait même aux gens pauvres de publier des journaux qui, grâce à leurs sujets radicaux, trouvaient de nombreux destinataires (tels que „Nowa Polska”, „Gazeta Polska”). De nombreux journaux analysaient avec beaucoup de perspicacité le côté militaire de la campagne, introduisaient une ambiance patriotique et révolutionnaire, discutaient avec aisance la question paysanne et manifestaient même en public leurs sympathies républicaines, bien que la Diète et le gouvernement s'étaient prononcés pour la monarchie constitutionnelle. La liberté de la presse contribua à l'élargissement de la lutte pour la libération de la nation, elle provoqua une animation exceptionnelle et un ferment créateur dans la vie de la capitale. Nous avons eu en Pologne une situation analogue à celle qui s'était produite en 1831 en Belgique, où la révolution victorieuse apporta la liberté de la presse — et plus propice qu'en Allemagne du Sud-Ouest, où une grande régression eut lieu en 1831 et la censure fut restituée par étapes.

Le Gouvernement National, et surtout les citoyens de Kalisz, ses membres, se sont prononcés pour la punition de tous les éventuels abus selon le code pénal de 1818. Ce code reconnaissait la liberté de la presse et on ne pouvait en abuser pour les répressions politiques. Les tribunaux, cependant, cédaient à l'atmosphère générale de liberté et ne faisaient aucun effort pour appliquer une interprétation pénale élargie des articles relatifs à la liberté de la presse. Le fait que la presse profitait d'une grande liberté provoquait fatalement des conflits avec les commandants-en-chef, car la presse seule réagissait directement aux événements de la guerre et, en un sens, les contrôlait; en cela elle dépassait sans doute la Diète, fort peu énergique, qui pendant longtemps témoignait de l'indulgence à Skrzynecki. Une discussion libre sur ces questions, délicates et fort désagréables pour Skrzynecki, alors commandant-en-chef, qui pensait plus aux négociations qu'aux hostilités, amena bientôt des conflits aigus. Skrzynecki, ainsi que la hiérarchie militaire qui l'appuyait, profitaient de la loi votée le 24 janvier par la Diète sur les attributions du commandant-en-chef, ainsi que de la résolution du gouvernement en date du 20 février sur Varsovie en temps de siège (art. 10) pour faire leurs comptes avec les pubjicistes et les journalistes incommodes (procès de B. Zatwarnicki, J. N. Janowski, St. Psarski, M. Suchorski, T. Krępowiecki). En même temps les publicistes liés au commandant-en-chef (le comte Bruno Kiciński) et les juristes (Damazy Dzierożyński) commencèrent une campagne de presse acharnée contre le code pénal de 1818, en réclamant sa modification et l'aggravation des peines contre „les abus de la liberté de la presse”. Le Gouvernement National ne subit pas la pression de Skrzynecki, des généraux et d'une partie des publicistes conservateurs, qui réclamaient la préservation du „secret militaire” et „le maintien de l'ordre social”, violés soi-disant par les journaux patriotiques et radicaux. Vincent Niemojewski reconnut en juin 1831 que toutes les questions litigieuses devaient être réglées par le tribunal des jurés, composé de publicistes et d'hommes des lettres et de la science. Les conservateurs essayaient donc d'obtenir l'appui de la Dietè. Le conflit de janvier entre la chambre des députés et le journal „Nowa Polska”, terminé par l'accusation de ce dernier, donnait tout d'abord l'espoir que l'affaire ne rencontrerait pas d'opposition plus marquée et que la Diète succomberait aux arguments des conservateurs. Les événements se déroulèrent autrement. La diète estima que cette affaire était moins urgente, la plaça en 12ème lieu à l'ordre du jour des questions attendant un règlement par la loi et la renvoya aux commissions parlementaires, qui confièrent la rédaction du projet à l'éminent juriste et au partisan de la liberté de la presse, François Wołowski. Outre la situation militaire, de plus en plus grave, une influence capitale sur l'attitude de la Diète eut la polémique qui se déroulait dans la presse et par des brochures, ayant des accents juridiques et politiques (Vincent Kramski, Auguste Heylman, Damazy Dzierożyński, abbé Louis Łętowskl), à laquelle vinrent se joindre les membres du gouvernement en défendant le code pénal de

1818 (Vincent Niemojowski, Joachim Lelewel). La polémique révéla que la majorité de l'opinion publique se prononçait pour le maintien des faits accomplis, c'est-à-dire pour l'entière liberté de la presse (attitue de „Nowa Polska”, „Gazeta Polska”, „Kurier Polski”, „Merkury” , „Dziennik Powszechny Krajowy” , „Wolny Polak”, „Tandeciarz”, „Złodziej Polityczny” et d'autres). Cette polémique avait un caractère purement politique. On y dèmontra, et avec succés, que pour la restriction de la liberté de la presse et la révision du code pénal de 1818 se prononçaient ceux, qui désiraient négocier avec le tzar Nicolas. Ainsi donc, malgré les efforts animés des conservateurs durant la cadence du Gouvernement National iln'y eut aucune restriction de la liberté de la presse, car les opinions des membres du gouvernement a ce sujet ne différaient pas trop. I l est connu qu'au sein du gouvernement existaient d'importantes divergences politiques et de principe, mais la liberté de la presse n'était pourtant pas cette question qui divisait le gouvernement. Le prince Adam Czartoryski, anglomane et libéral, méprisait la censure dans le style de Szaniawski. Il cédait en principe aux opinions proférées par W. Niemojowski, appuyé activement par J. Lelewel. D'ailleurs le gouvernement entier subissait la pression de l'opinion publique qui réclamait une complète liberté de la presse. La liberté de la presse était ce secteur étroit de la politique du gouvernement, qui provoquait relativement le moins de conflits et de contradictions. Plus encore: en ce qui concerne la liberté de la presse le gouvernement était généralement solidaire.

https://doi.org/10.14746/cph.1961.2.05
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