L'évêché de Lubusz. Remarques critiques
Journal cover Czasopismo Prawno-Historyczne, volume 2, year 1949
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Keywords

Wybrano:histoire médiévale de la Pologne
féodalité en Pologne médiévale
organisation ecclésiastique médiévale
évêché de Lubusz (Lebus)
colonisation selon le droit allemand

How to Cite

Matuszewski, J. (1949). L’évêché de Lubusz. Remarques critiques. Czasopismo Prawno-Historyczne, 2, 29–139. https://doi.org/10.14746/cph.1949.03

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Abstract

§§ 1—6. Créé en 1124, l'évêché de Lubusz prétendait, dès l'année 1257, exercer la juridiction ecclésiastique sur les lointaines terres  ruthènes a tempore cuius memoria non existit. Plusieurs historiens, allemands et polonais, ont essayé de trancher cet „énigme”. M. Ludat l'aborde de nouveau et se déclare pour l'ancienne thèse de Wohlbrück (1829), considérée comme insoutenable il y a longtemps, Voilà la Verpflanzungstheorie de M. Herbert Ludat : (1) le premier évêché ruthène fut organisé à Włodzimierz par  Boleslas le Hardi; donc au plus tôt en 1075; (2) sa dotation consistait en biens d'Opatów, en Petite Pologne. L'auteur n'en  mentionne aucune en Ruthénie. D'après sa théorie, il y a une choise qui est sûre, c'est que les domaines dits „ruthènes” près de Konice et de Krosno, propriété ultérieure des évêques de Lubusz, n'appartenaient pas à l'évêché de Euthénie. (3) Cet évêché n'était pas de longue durée, son existence n'a pas dépassé l'an 1092. (4) Sa dotation était recouvrée par le prince (5) qui l'a  assignée à un monastère. (6) En 1124. l'évêché (éteint depuis longtemps!) fut „transplanté” sur l'Oder. (7) Cette transplantation constituait le titre de ses prétentions à la iuris dictio dyocesana dans les terres ruthènes, prétentions émises au plus tard à la fin du XII s. (8) Dans les dernières années du même siècle au plus tôt, un des princes de Halicz a doté l'évêché de Lubusz des biens ruthènes. (9) À la suite de la paix conclue entre le duc de Mazovie, Conrad, et le duc de Silésie, Henri le Barbu, l'on a fondé un nouvel évêché de Euthénie dont le titulaire est devenu, avec l'assentiment de deux princes, un dominicain, Gérard, (10) à qui l'on assigna les biens d'Opatów. (11) Devenu maître de la Petite Pologne, Henri le Barbu priva le nouvel évêque de sa dotation et l'accorda à l'évêque de Lubusz qui réunit ainsi les biens d'Opatów, de Konice et de Krosno. Cette doctrine qui souffre d'une incohérence  intrinsèque ne semble pas convaincante au premier abord. Nous nous sommes efforcé d'analyser ses éléments. Vailà ce qui nous donne la confrontation avec les sources qui dans ce cas là, ne sont point abondantes ni explicites: l'appartenance des biens d'Opatów à un monastère (5), l'assignation de ce fonds à l'évêque ruthène Gérard en 1232 (?) (10), la confiscation d'Opatów par Henri le Barbu et sa donation à l'évêque du Lubusz (11). Il est aussi certain que, déjà au XIII s., d'autres domaines (Konice en Petite  Pologne, Borek en Silésie et Kazimierz en Grando Pologne) appartenaient à cet évêché, bien que l'on ne connaisse pas la date exacte de leur acquisition par le titulaire. Et le reste? Quelle est la ratio sciendi d'autres assertions du savant auteur? On a beau la lui demander, il n'en présente aucune, il ne peut pas le faire. Dans ces conditions, sa doctrine ne faisant pas corps, nous revenons à la belle hypothèse, construite, il y a une quarantaine d'années, par le Maître Abraham.

§§ 7—9. M. Ludat, à la suite d'une analyse de l'inventaire publié par lui affirme que, dans les biens d'Opatów, au début du XV s., les Allemands constituaient 8% de la population agricole. En appliquant d'une façon conséquente les mêmes critériums dont se servit réminent auteur pour établir la nationalité des habitants, l'on est arrivé à des résultats bien différents. Parmi 146 paysans des domaines épiscopaux il y en a 127 de nationalité polonaise incontestable. Quant aux 19 personnes, le registre ne permet pas de constater à coup sûr leur nationalité. Étaient-ils Allemands? Aucun indice ne parle en faveur de cette supposition, il est beaucoup plus probable qu'ils étaient, eux-aussi, Polonais. Une table statistique dressée par nous permet de contrôler de nouveaux résultats et de les comparer à ceux de M. Ludat.

§§ 10—13. Peut-on discuter avec l'auteur les chapitres consacrés au „droit allemand” en Pologne? Nous ne pensons pas. De savant  historien accuse une ignorance totale des derniers travaux dans ce domaine. Aussi, tout y est faux ou „à côté”. La dénomination nationale de ce „droit” lui a voilé le vrai sens de cet intéressant processus économique et juridique qui s'est déroulé en Pologne, aux XIII et XIV s., comme „colonisation basée sur le droit germanique”, locatio iure Theutonico. Rappelons nous que les sources  appliquent, elles-aussi, exceptionnellement il est vrai, une autre expression, locatio iure pheudali. Voilà ce qui est juste! Le vrai apport du ius Theutonicum c'est la conception du démembrement de la propriété foncière. Jusqu' à cette époque, on ne connaissait, en Pologne, que les alleux et les tenures serviles; à partir du XIII s. apparaissent les tenures dont la propriété en est partagée entre le seigneur et le tenancier (le censitaire). Elles s'appellent fiefs (en polonais łan, du mot allemand Lehn). Nous signalons l'extrême portée de ce phénomène qui entraîna, dans les siècles suivants, une coupure nette entre les alleux et les tenures appartenant aux vilains. Les propriétaires de tous les alleux sont considérés comme nobles, même si leurs biens étaient plus modestes que les tenures roturières. Ainsi, les influences féodales qui n'intervinrent pas dans les rapports entre le roi et les nobles (la noblesse polonaise n'ayant que le Sonnenlehn), contribuèrent toutefois à la création d'un système seigneurial, ne différant en rien du système occidental. Elles ont amélioré la position des serfs, mais elles ont aggravé la situation des petits propriétaires libres qui ne réussirent pas à garder leur indépendance envers le seigneur voisin et devinrent ses censitaires.

Ne sousestimons - nous pas la colonisation du „droit allemand”? Loin de là! Nous sommes les premiers à souligner l'importance du nouveau courant d'idées venant de l'Occident. Mais nous ne sommes pas d'accord avec l'excellent auteur qui, sans aucun doute, exagère en accentuant les effets „allemands”, démographiques et juridiques. Quant au droit allemand, il est sûr qu'il ne fut pas reçu dans certains villages. Même là où il fut accepté, il tomba maintes fois en désuétude, la population paysanne revenant aux anciens us et coutumes polonais, ce que prouvent les statuts de Casimir le Grand. La colonisation basée sur le droit germanique s'effectua pour la plupart sans colonistes allemands, c'est aujourd'hui la communis opinio des historiens; elle fut accomplie parfois sans droit allemand. On voit bien, combien l'expression locatio iure Theutonico est défectueuse. Elle engendre des idées qui ne sont justifiées que dans une mesure infime. 

Dans les §§ 14—15, nous avons essayé de résoudre la question de l'authenticité de l'acte de Leszko le Noir de 1282, défendue dans l'Exkurs I de M. Ludat. Ce diplôme contient l'information sur l'appartenance de Krosno à l'évêque de Lubusz. Le problème ne se limite pas à la question de la dotation du dit évêché, il touche à l'affaire litigieuse de la frontière entre la Pologne et la Ruthénie au moyen âge. A l'encontre de la thèse du savant auteur, nous nous sommes efforcé de démontrer que la dite charte, si elle n'est pas un faux, avait au moins subi une interpolation, entre autres en ce qui concerne la ville mentionnée. Ainsi, la solution que nous proposons confirme entièrement le point de vue de l'historien ukrainien, M. Korduba, qui autrement que les historiens polonais, a prouvé la stabilité de la frontière polonoruthène à partir de la seconde moitié du XIII s., au moins, jusqu' aux partages de la Pologne: Krosno appartenait ainsi toujours à la Ruthénie (v. la carte). Notre argumentation repose sur une étude diplomatique détaillée. Sa pièce maîtresse, c'est la concordance exacte de la clause d'immunité de l'acte de 1282 avec celle de la charte du duc grand-polonais,
Przemysł II, décernée au même évêché quatre années plus tard (v. l'annexe I).

Mais revenons à l'ouvrage de M. Ludat (§ 16). Il faut lui attribuer le mérite de publier comme pièce justificative le Catastrum
ecclesiae Lubucensis du XV s. (p. 315—389), bien que cette édition ne soit pas au niveau auquel les savants éditeurs allemands nous
avaient habitués depuis longtemps. Ce qui est plus grave, elle n'est pas complète, elle ne contient pas la partie de l'inventaire concernant les domaines épiscopaux situés dans la Marche. Et l'analyse de M. Ludat (p. 1—314)? — N'oublions pas que le Bistum Lebus constitua sa thèse d'agrégation, présentée à l'Université de Berlin qui devait lui assurer la chaire de l'histoire médiévale et moderne de la Reichsuniversität Posen. — Certes, n'ajoutera-t-elle rien à la gloire du savant auteur. Il a le génie de l'inexactitude, l'insouciance extrême dex textes historiques qui l'incommodent, la facilité prodigieuse et inquiétante à la fois de construire les hypothèses maladroites qui doivent remplacer les sources gênantes. On trouve des erreurs matérielles, des confusions, des omissions presque à chaque ligne. J'en ai relevé un tas, je suis loin de les épuiser. Bref, l'ouvrage même est une erreur. Le goût de polémique enflamme l'excellent auteur jusqu'à le pousser à nous invectiver sur le ton le moins convenable. Voilà encore un défaut considérable. Le livre n'est pas homogène. M. Ludat n'eut probablement pas le temps de fixer ses opinions aussi bien sur les questions historiques que sur les historiens polonais. A côté des invectives, l'on trouve des compliments. (Personnellement, nous lui savons grè des choses qu'il a écrites à notre adresse). Comment expliquer ses opinions contradictoires? Est-ce que la cause précitée y suffit? On en trouve raison dans la phrase suivante imprimée la même année: „ Nunmehr, nach der Entscheidung der Waffen, ist die Diskussion beendet”. Après la guerre polono-allemande et la défaite polonaise, le savant auteur ne se sentit plus lié par la comitas gentium à l'égard du vaincu. „Die Vertreter der ehemaligen Posener Schule” , écrit-il, avec soulagement, sur le groupe des historiens de Poznań (p. 168). C'est ce qui l'inclina à révoquer même dans les Nachträge und Korekturen (p. 397) les compliments à l'égard des certains historiens polonais formulés sur les pages précédentes du même livre. Nous nous permettrons de rectifier la dernière erreur de M. Ludat : ce ne sont pas les canons qui terminent la discussion scientifique. Espérons bien, qu'il l'ait déjà comprise. 

https://doi.org/10.14746/cph.1949.03
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