Abstract
La théorie patriarcale de l’Etat, voyant dans celui-ci la famille au sens large, devenait conception de la monarchie absolue permettant de considérer les citoyens comme étant toujours mineurs. En 1826, Ewers proclamait la théorie familiale de l’Etat russe, en s’appuyant plutôt sur son propre raisonnement que sur les données historiques. Vingt ans après apparaissaient, presque simultanément, les théories familiales: de Sybel, relative aux Etats germaniques, et la théorie russe de l’Etat, émanant de l’école des „Zapadniki“ (les „Occidentalistes“, dont Kavéline, Tchitchérine) *) et développée surtout par Serge Soloviev. Cette dernière théorie avait des représentants dans la science bourgeoise russe jusqu’à la fin: par contre elle a rencontré une vive opposition de la part de la science soviétique.
En Pologne, la théorie familiale était professée, sous l’influence de Soloviev, par Szujski, qui lui attribua le caractère de conception monarchique. Elle était adoptée également, sauf quelques modifications, par M. Bobrzyński. Grâce à ces deux coryphées de l’influente école historique de Cracovie, Balzer avait pu considérer la théorie familiale, à la fin du XIXe siècle, comme étant admise généralement — aussi bien en Pologne qu’en Russie et en Bohême, ce qui permet d’expliquer les défauts d’argumentation chez cet auteur.
Il importe de distinguer chez Balzer la théorie familiale générale de celle de l’Etat piastien. Nous entendons nous arrêter à cette dernière. Elle applique notamment la notion de la famille aux rapports entre la dynastie et le pays, ainsi qu’ aux rapports entre les membres de celle-ci. L’application des notions familiales au pays est fondée sur les éléments de droit privé — en particulier patrimoniaux — apparaissant dans les institutions de l’Etat polonais. Or, l’importance de ces éléments de droit privé est outrée dans Balzer, de sorte qu’il ne reste presque plus de place pour les éléments d’État, voire de droit public. Pour se conformer à cette théorie, le „princeps“, ou le prince régnant à Cracovie, est considére comme „staroste“ (chef) de la famille des Piast, et, d’autre part, est émise par Balzer l’hypothèse de la communauté primitive („zadrouga“) de tous les Piast par rapport à l’ensemble du territoire de l’Etat — hypothèse qu’il appuie faiblement.
La teneur et l’argumentation de la théorie familiale de l’Etat piastien ne sont pas assez explicites, tandis qu’il ne peut pas y avoir aucun doute quant à l’objectif qu’elle poursuit et qu’elle sert. C’est une conception de l’Etat polonais — surtout, sinon exclusivement, patrimonial — qui élimine de cet Etat trop d’éléments de droit public, en particulier les éléments d’élection et de droit de résistance, et en général de l’influence des grands sur la succession au trône et sur le gouvernement. Avant Balzer, la conception, selon laquelle sous la dynastie des Piast le trône en Pologne était héréditaire, avait une longue histoire littéraire, mais on n’avait pas tenté de lui trouver un fondemnt scientifique. Cette tâche fut assumée précisément par Balzer. Ce qui est cependant étonnant, c’est qu’il l’ait accomplie d’une façon aussi étrange, en construisant une théorie familiale plus large et peu fondée, qui à la fin de sa vie devint, on peut dire, synonyme de l’hérédité du trône. De l’avis de l’auteur, cette hérédité ne peut être prouvée, de même qu’on ne saurait éliminer les cas d’élection sous les Piast. Ces difficultés ont fait que Balzer — qui lui-même ne nourrissait pas encore de doutes au sujet de l’hérédité de la couronne chez les Piast — a cherché, par une voie aussi détournée, la preuve de cette hérédité.
* Opposés aux Slavophiles, et partisans des réformes libérales et du rapprochement avec l‘Occident.
Funding
Digitalisation and OA co-funded by the Minister of Science and Higher Education (Poland) under contract no. BIBL/SP/0091/2024/02
License
Copyright
© by Faculty of Law and Administration, Adam Mickiewicz University, Poznań, 1952
OPEN ACCESS