Abstract
Dans son article synthétique, écrit à l’occasion du quatrième centenaire de la soumission des ordres de l’Etat teutonique à l’autorité des rois de Pologne, l’auteur nous trace l’histoire de la dépendance en droit vis-à-vis de la Pologne, au cours de la période de 1454—1657, des provinces, devenues plus tard la Prusse Orientale. Ces provinces constituaient de 1466 à 1525 le territoire de l’Ordre Teutonique, tandis qu’à partir de 1525 jusqu’à 1657 un duché vassal de la Pologne, la Prusse ducale.
En 1440 la noblesse et les villes de l’Etat teutonique se réunirent en confédération dirigée contre les autorités de l’Ordre, vu que celles-ci leur refusaient le droit de participer au gouvernement et les grevaient d’impôts trop lourds. En 1454 la ligue prussienne prit les armes contre l’Ordre, en se soumettant en même temps à l’autorité des rois de Pologne, conformément aux conditions établies au cours des négociations de Cracovie, en février et mars 1454. Entre la Pologne — appuyée par les états prussiens, en particulier les villes, avec Toruń et Gdańsk à la tête — et l’Ordre éclata la guerre, qui prit fin en 1466 seulement, par le traité de Toruń. La paix fut conclue grâce à l’entremise du légat du Saint-Siège, Rodolphe Rüdesheim. Grâce à lui, l’Etat teutonique — malgré l’anachronisme dont témoignaient depuis longtemps son régime et ses institutions politiques — sauva son existence au prix de son renoncement à la Poméranie polonaise et de sa reconnaissance de la suzeraineté des rois de Pologne. Pour sa part, le roi Casimir Jagellon reconnut le droit de cosuzeraineté du Saint-Siège sur l’Ordre en tant qu’institution ecclésiastique. Toutefois, aussi bien le pape Paul II que ses successeurs refusèrent de ratifier le traité de Toruń, ce qui à l’avenir fut la cause des tentatives des grands maîtres de l’Ordre, visant l’annulation des clauses de ce traité. Dans sa résistance à la Pologne, l’Ordre bénéficiait de l’appui de l’empire et des princes du Reich allemand. En 1519 éclata la guerre entre la Pologne et l’Ordre. Elle fut interrompue par un armistice de quatre ans. A la veille de la reprise des hostilités, le grand maître Albert de Hohenzollern, déçu par le Reich qui avait promis des secours militaires, quitta l’habit religieux, embrassa le luthéranisme, et ayant obtenu le consentement de la cour de Pologne assuma le pouvoir dans l’ancien Etat de l’Ordre, en tant que prince héréditaire.
L’auteur compare le caractère de dépendance de l’Etat teutonique d’une part et du duché situé en Prusse de l’autre, en constatant — à la lumière des traités de Toruń, de 1466, et de Cracovie, de 1525 — le renforcement, en 1525, des liens de vassalité, rattachant le duc au roi de Pologne, son suzerain. Il note ensuite les divergences qui eurent lieu entre le duché et la Couronne (Royaume de Pologne proprement dit) quant à l’interprétation des dispositions du traité de Cracovie. Ces divergences servirent de prétexte au prince Albert pour tâcher d’influencer les affaires intérieures de la Pologne notamment par le droit de participer aux débats du senat polonais et aux élections des rois de Pologne. Les prétentions d’Albert de Hohenzollern furent rejetées par la Pologne, qui de son côté tendait à renforcer ses droits de justice supérieure au duché. Le roi revendiquait en particulier le droit de juger in appellatorio les procès ayant lieu au duché, de même que le droit de délivrer — aussi bien à ses sujets qu’aux sujets du duc — des sauf-conduits valables pour les autorités du duché. Le duc de Prusse en défendant à ses sujets de faire appel à la justice du roi s’opposait d’une manière efficace aux prescriptions royales.
Cet état de choses changea radicalement par suite d’une forte opposition des Etats du duché — de la noblesse surtout — qui se manifesta à la fin de la vie du duc. La raison de cette opposition doit être attribuée au fait que les autochtones étaient écartés du pouvoir, et que l’administration du pays était confiée aux étrangers faisant preuve de tendances absolutistes contraires au droit, et désirant d’autre part s’enrichir au plus vite. L’opposition prussienne demandait au roi de retirer au duc le pouvoir et de nommer à sa place un lieutenant général. En 1566 le roi envoya dans le duché ses commissaires, qui assumèrent en fait l’administration du pays. Sous leurs auspices la noblesse prussienne introduisit dans les lois du duché toute une série de prescriptions renforçant son influence dans les affaires du duché ainsi que les prérogatives royales. En particulier, on inséra dans les lois élaborées par la Diète de Koe- nigsberg de 1566 une disposition autorisant la société prussienne, dans le cas où le duc aurait violé ses droits fondamentaux, de porter plainte contre lui auprès du roi de Pologne, son suzerain.
La Pologne ne profita pas de l’occasion, qui se présentait, pour renforcer encore plus les liens rattachant le duché à la Couronne, et cela contrairement aux suggestions émanant de la noblesse prussienne. Cette noblesse, ayant acquis une situation économique plus ferme par suite de la généralisation de l’exploitation, basée sur la corvée, de la réserve seigneuriale et de l’oppression toujours plus forte des paysans, désirait obtenir dans le duché la même situation prédominante, qu’avait dans la Couronne la noblesse polonaise. Cela donna lieu aussi à des tendances visant à la création au duché d’institutions politiques semblables à celles existant dans le Royaume. Cependant, le roi renonça à l’exercice de son pouvoir en Prusse durant la minorité et ensuite la maladie mentale du prince Albert-Frédéric (1569—1616). Le roi Etienne Batory et ses successeurs confièrent le gouvernement du duché au margrave Georges-Frédéric, en tant que curateur du prince Albert-Frédéric malade, et après la mort de celui-ci Sigismond III Waza permit que le gouvernement du duché et ensuite la succession de ce fief en Prusse (après que la branche d’Albert s’était éteinte) passassent aux électeurs de Brandebourg, qui devenaient ainsi ducs en Prusse et vassaux des rois de Pologne (1605 et 1611). — Cela a lieu à l’encontre de la grande majorité de la noblesse polonaise, ainsi que de celle du duché. En rapport avec le conflit très vif entre les électeurs de Brandebourg et leurs sujets prussiens, l’ingérence de la Cour de Pologne dans les affaires intérieures du duché augmente. Dès le moment, cependant, où l’électeur Georges-Guillaume réussit à disposer en sa faveur la noblesse prussienne, l’opposition dirigée contre lui disparaît. En présence de la guerre polono-suédoise le rôle politique de l’électeur-vassal s’accentue. Les droits suzerains des rois de Pologne par rapport à la Prusse sont réduits graduellement jusqu’aux limites fixées par le traité de Cracovie, de 1525. Finalement, en 1657, la situation politique précaire, dans laquelle se trouve la Pologne, oblige la diplomatie polonaise à renoncer au droit de suzeraineté sur le duché. Le traité de Welawa-Bydgoszcz (1657) fut conclu sans tenir compte de l’opinion des sociétés polonaise et prussienne. Les protestations des ordres contre le détacheena du duché en Prusse de la Pologne furent particulièrement violentes en Prusse Ducale, mais leur opposition fut étouffée par l’électeur Frédéric-Guillaume.
La Prusse libérée de la suzeraineté de la Pologne devint l’un des principaux échelons menant à la puissance des électeurs de Brandebourg. Sa possession, en tant que pays indépendant de l’empire, constituait une base pour l’obtention de la couronne royale. Les héritiers des vassaux de la Pologne furent un jour ses fossoyeurs. C’est seulement après l’anéantissement de l’impérialisme prussien que les anciennes terres vassales des rois de Pologne revinrent, définitivement à la mère patrie.
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