Abstract
Elie Schröder, fils d’un brasseur dantzicois, naquit à Gdańsk le 16 novembre 1625. Il étudia au Gymnase Académique de Gdańsk et suivit ensuite les cours de droit et d’histoire aux universités de Rostock et de Leyde. Il séjourna aussi un certain temps en France, à Bourges. Après son retour à Gdańsk, en 1648, Schröder exerça la profession d’avocat, en écrivant et publiant en même temps de nombreux essais sur des sujets d’actualité, de droit, ainsi que des panégyriques. En 1656 il fut nommé secrétaire royal titulaire par le roi de Pologne Jean-Casimir. Deux ans plus tard, en récompense de son ouvrage Ius Publicum Dantiscanum (1657), dédié au roi, ainsi que d’autres services inconnus, celui-ci l’anoblit en l’admettant dans la noblesse suédoise et en lui accordant le surnom „von Trewen“ (Jean-Casimir portait le titre de „roi héréditaire de Suède“). Schröder aspirait aussi à quelque fonction parmi les notables de Gdańsk; en effet, de 1655 à 1662 il fut membre du „troisième rang“ (le moins important des collèges dantzicois, comptant 100 personnes et possédant certaines attributions administratives). Ce juriste briguait également la dignité de juge municipal, ne l’ayant toutefois jamais obtenue. En 1662, le conseil de la ville de Gdańsk élimina Schröder, même du „troisième rang“, vu qu’étant calviniste il se convertit au catholicisme (parmi les autorités de Gdańsk il n’y avait à cette époque aucun catholique).
E. Schröder von Trewen voyagea beaucoup, et fut reçu, en 1667, à la cour de l’empereur Léopold. Durant les luttes de classe entre les corporations et le conseil de Gdańsk, il se rangea du côté des corporations, en les appuyant auprès du roi Jean III Sobieski. Ce roi séjourna à Gdańsk du 1 août 1677 au 28 février 1678, afin de trouver, entre autres, une solution au procès intenté au conseil par les corporations, et c’est à cette époque qu’il nomma Schröder membre du „troisième rang“ et qu’il confirma son privilège permettant la publication de Ius Publicum Dantiscanum. Ce privilège lui avait été accordé déjà par Jean-Casimir, mais le conseil de Gdańsk avait rendu impossible cette publication à cause des tendances politiques que contenait l’ouvrage. Schröder représente dans cet ouvrage les intérêts royaux et se prononce pour le renforcement de l’autorité des rois de Pologne à Gdańsk. Ius publicum Dantiscanum demeura ainsi sous forme de copies manuscrites, dont on se servait néanmoins souvent dans la pratique, attendu qu’on manquait de recueil quelconque des droits et privilèges dantzicois. De la propagation de cet ouvrage de Schröder témoigne le fait que ses copies se trouvaient dans nombre de bibliothèques privées des familles patriciennes de Gdańsk, et qu’au XVIIIe siècle elles étaient achetées très cher, ainsi que le relate le syndic dantzicois Lengnich, mal disposé pour Schröder. Au commencement du XXe siècle, les Archives et la Bibliothèque municipale de Gdańsk possédaient encore 14 exemplaires de Ius Publicum Dantiscanum.
L’ouvrage de Schröder est le premier des trois grands ouvrages consacrés aux droits de Gdańsk. Les deux suivants sont dus à la plume de Jean Ernest van der Linde (Ius Publicum Civitatis Gedanensis, 1693 env.) et de Gotfryd Lengnich (sous le même titre, 1769). Tous ces trois ouvrages n’ont pas paru de la vie de leurs auteurs; c’est seulement en 1900 qu’une société scientifique allemande, nationaliste, publia l’ouvrage de Lengnich. Aussi bien Linde que Lengnich firent usage du travail de Schröder, malgré qu’ils eussent des opinions tout-à-fait différentes dans de nombreuses questions de principe, et en premier lieu dans celle des rapports entre Gdańsk et les rois de Pologne. Linde et Lengnich décrivent les droits de Gdańsk, tandis que Schröder les rassemble et les systématise. Les différences de méthode et de conception politique résultaient surtout du fait que Schröder était lié avec les corporations, en particulier avec les brasseurs, tandis que Linde et Lengnich entretenaient des relations étroites avec le patriciat. Linde était conseiller et ensuite bourgmestre de Gdańsk, et d’autre part, Lengnich faisait fonction de syndic de la ville et représentait officiellement les intérêts des familles les plus riches.
L’ouvrage de Schröder est divisé en 4 livres consacrés respectivement à l’examen: des droits du roi à Gdańsk (I), de l’organisation des autorités et des services municipaux (II), des droits de l’ensemble des citoyens (III), ainsi que des droits des „associations“ et corporations (IV). Il faut attribuer une importance spéciale aux chapitres relatifs aux brasseurs, qui sont considérés comme précurseurs du capitalisme à Gdańsk. Ils avaient eu, au cours des XVIe et XVIIe siècles de longues et vives discussions avec le conseil patricien, ces discussions étant tranchées par les rois, auprès desquels ils avaient trouvé appui.
La valeur de l’ouvrage de Schröder, et l’abondance des matériaux de source qu’il contient, fait que sa publication s’avère nécessaire; les travaux préparatoires à cet effet sont en cours.
Funding
Digitalisation and OA co-funded by the Minister of Science and Higher Education (Poland) under contract no. BIBL/SP/0091/2024/02
License
Copyright
© by Faculty of Law and Administration, Adam Mickiewicz University, Poznań, 1954
OPEN ACCESS