Les problèmes de l’absolutisme des Piasts
Journal cover Czasopismo Prawno-Historyczne, volume 10, no. 2, year 1958
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Keywords

formation de l’État polonais
absolutisme des Piasts
théorie de la conquête
assemblée princière
pouvoir monarchique médiéval

How to Cite

Adamus, J. (1958). Les problèmes de l’absolutisme des Piasts. Czasopismo Prawno-Historyczne, 10(2), 19–76. https://doi.org/10.14746/cph.1958.2.02

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Abstract

La théorie de l’autorité à l’origine arbitraire, en Pologne, s’est formée au XVIIe siècle, pour se transformer graduellement en tradition et pour entrer dans l’idéologie monarchique (plus tard autoritaire). Il existe cinq tentatives cherchant à la motiver d’une manière plus complète. L’auteur de l’étude choisit comme point de départ la dernière, due à O. Balzer. Il distingue dans le raisonnement deux arguments principaux et quatre auxiliaires. Il examine un des arguments principaux (au § 3) ainsi que 3 accessoires (aux §§ 1 et 2, ainsi qu’à la fin de l’article), ce qui donne déjà un aperçu de l’ensemble du problème, malgré qu’il suit obligé de remettre l’examen du second argument principal et d’un argument auxiliaire à un ouvrage ultérieur.

§ 1. Théorie de la conquête. D’après Balzer, qui rejette catégoriquement la théorie de l’invasion (venant de l’extérieur), l’Etat polonais s’est constitué par la voie de la conquête (intérieure) réalisée par l’une des tribus polonaises, ce qui aurait mené au renforcement de l’autorité des princes conquérants. L’auteur considère, d’accord avec d’autres écrivains, la théorie de l’invasion (venant de l’extérieur) comme tellement peu fondée, qu’on peut en faire entièrement abstraction.

Balzer justifie sa théorie de la conquête (intérieure) — en premier lieu par des analogies. La première analogie, la plus générale, découle de la "loi“ sociologique de L. Gumplowicz, G. Ratzenhofer et F. Oppenheimer, selon laquelle tout Etat se formerait par la voie de la conquête; ces auteurs, cependant, ne prouvent pas la justesse de cette loi par une induction appropriée. G. Hübener, en analysant la conquête de l’Angleterre par les Normands en 1066, y voit à côté de la conquête militaire, l’action d'autres facteurs favorisant la fusion des envahisseurs avec les Anglo- Saxons vaincus. Une autre analogie, de caractère plus restreint, est l’analogie slave, selon laquelle — d’après l’opinion de Balzer et contrairement à l’histoire — tous les Etats slaves se seraient constitués par voie d’invasion ou de conquête. Enfin, l'analogie la plus limitée est celle que présente la formation des Etats des Slaves léchites, parents les plus proches des Polonais. Ici aussi l'on ne note pas de conquête.

L’expression idéologique de la théorie de l’invasion ne diffère pas beaucoup de la théorie de la conquête. Les deux sont fondées sur la suprématie physique et ne reconnaissent pas les capacités politiques du peuple polonais. Or, l’emploi de la force provoque d’habitude une résistance prolongée de la part des individus subjugués, ce dont nulle trace n’est à observer sur le territoire polonais. Par conséquent, il importe de distinguer la théorie appropriée de l’évolution de la théorie de la conquête.

En tout cas les analogies ne sauraient représenter un argument décisif; aussi, Balzer cherchait-il un argument documenté dans la mention faite dans la chronique de Gallus Anonymus sur les trois prédecesseurs du premier prince historique polonais, Mesco I. L'affirmation que ces prédécesseurs étendaient le territoire de l’Etat par des conquêtes, ne correspond pas, de l’avis de l’auteur au texte de la chronique. Il existe aujourd’hui un groupe d’écrivains qui reconnaît, après Balzer, la véracité de cette mention, tandis qu’un autre groupe la conteste en se raliant à l’opinion de A. Brückner. Celui-ci a développé sa critique en s’appuyant sur la théorie de J. Pekarz relative à la plus ancienne des chroniques tchèques attribuée au moine Christian — permettant de mettre en doute l’information de Cosmas sur les sept prédécesseurs de Borzyvoî —, et en appliquant cette théorie aux trois prédécesseurs mentionnés par Gallus. Malgré que l’auteur de la présente étude soit enclin à rejeter la théorie sur la chronique de Christian, il considère la critique de Brückner comme contribution à la science.

En conséquence, l’auteur rejette la théorie de la conquête, et par cela même la théorie de l’absolutisme.

§2. La garde princière (trustis) aurait été l’instrument servant à tenir court la société et à édifier l’autorité arbitraire. L’auteur est d’avis que cette théorie aussi s’appuie sur le facteur de force physique et qu’elle constitue l’idéologie de l’autoritarisme. 

Par analogie avec la garde princière russe — dont font nettement mention les sources — les savants polonais et tchèques étaient portés à supposer, depuis la fin du XIXe siècle, l’existence de la garde princière, en se référent entre autres aux notes qui en réalité n’en parlaient point. A l’époque où même la théorie de la garde germaine a connu des restrictions (H. Kuhn) il est indiqué, de l’avis de l’auteur, d’ad opter sur le terrain polonais une attitude critique. Après K. Tymieniecki, la position prise par H. Łowmiański en constitue aujourd’hui l’expression. La seule mention précise d’Ibrahim ibn Yakoub — même si nous faisons abstraction des doutes quant à sa crédibilité — se rapporte plutôt à une troupe mercenaire. Il est en principe indifférent pour la théorie de l’absolutisme, si le prince s’appuyait sur sa garde (trust s) ou sur une troupe mercenaire, mais dans le second cas il aurait dû disposer de moyens pécuniaires considérables. Ceci étant, selon l’auteur, difficile à admettre, il faut se figurer une pareille troupe comme peu nombreuse et impropre à constituer le fondement de l’autorité princière. En outre, on trouve dans Gallus trois mentions sur le mauvais armement des Polonais, ce qui est confirmé par les données archéologiques. Enfin, la garde ne représentait pas un instrument obéissant aveuglement à la volonté du prince.

L’auteur fait l’analyse de la belle théorie du savant tchèque, V. Vaněček, conçue selon les idées modernes et concernant l’Etat primitif de garde princière, s’appuyant uniquement sur la force de celle-ci et non sur le droit. Cette théorie, cependant, n’est pas étayée de données suffisantes.

§ 3. L’assemblée. Les historiens de l’époque du romantisme attribuaient un rôle considérable à cette institution, et c’est pour cette raison qu’au temps de la réaction contre le romantisme, après 1880, on contesta aussi bien le rôle de l’assemblée que du conseil princier. Le raisonnement de Balzer et des S. Zachorowski fait usage de la ,,méthode juridique“ constituant une forme, encore plus outrée, de la méthode de R. Sohm. Ils estiment notamment, que le conseil princier se composait uniquement de fonctionnaires, dépendant du prince selon les règles de l’administration moderne de l’Etat. A cette opinion s’opposèrent R. Grodecki ,et F. Bujak, en se rélerant aux assemblées très nombreuses, en soulignant l’influence réelle et incontestée du conseil sur le prince, et en estimant en conséquence eue l’assemblée et le conseil princier tiraient leur origine de l’ancienne assemblée slave. Malgré que ce ne soit pas encore l’opinion courante et qu’elle fasse encore l'objet d’opposition, J. Bardach dével oppe dernièrement la même conception de cas institutions. L’auteur fait mention encore des conceptions, à l’époque étudiée, de la représentation (d’après les recherches récentes allemandes et anglaises), différentes des nôtres. Cela permet, selon lui, de constater que l’autorité des princes polonais au cours du Xe et jusqu’au XIIe siècle, étant sensiblement limitée par l’assemblée ainsi que par le conseil princier, ne saurait être considérée comme arbitraire.

Conclusion. L’auteur rejette par conséquent un argument principal et deux accessoires de la théorie sur l’absolutisme des Piasts. Il n’admet point, non plus, l’analogie — répandue dans la littérature, mais insuffisamment motivée — entre l’Etat féodal polonais des premiers temps et la monarchie carolingienne, analogie- dont on se prévalait pour appuyer la théorie de l’absolutisme. Resterait encore, selon lui, à examiner un argument accessoire consistant en théorie sur l’hérédité du trône, le patrimonialisme et la théorie familiale. L’auteur a consacré déjà deux études à ces problèmes, mais il entend y revenir encore, afin de formuler l’argument en question — particulièrement en faveur chez les représentants de la théorie de l’absolutisme — d’une manière qu’il juge appropriée. Il y a vingt ans, il y a ajouté un argument concernant le droit de résistance existant déjà — selon lui — à l’époque discutée en Pologne. Ce dernier argument, à lui seul, serait en mesure d’abolir la théorie de l’absolutisme, et d’autant plus en liaison avec les autres. L’auteur estime cependant nécessaire de revenir encore une fois à cette question.

https://doi.org/10.14746/cph.1958.2.02
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