Abstrakt
Le dépouillement minutieux d’une collection des livres judiciaires, conservés aux Archives Nationales de Cracovie, a permis à l’auteur de rassembler 350 mentions des affranchissements des serfs sur le territoire du palatinat de Cracovie, dans la période de 1572 à 1794.
L’abbé V. Skrzetuski et l’abbé Th. Ostrowski, dans leurs traités sur l’ancien droit polonais, édités vers la fin du XVIII-e siècle ont remarqué qu’il y avait en Pologne deux façons d’affranchir les serfs: ou bien le propriétaire (seigneur) déposait à ce sujet une déclaration formelle devant une cour compétente dans la matière ou bien le seigneur transmettait directement au paysan un certificat attestant le fait de son affranchissement. En outre, les serfs se vouant à la carrière ecclésiastique devenaient automatiquement francs. L’auteur ne peut que confirmer la justesse des observations des auteurs mentionnés du XVIII-e siècle.
La plus ancienne mention d’un affranchissement, trouvé par l’auteur, celle de 1572, est particulièrement intéressante car elle concerne un affranchissement collectif causé par les convictions religieuses du seigneur affranchissant. Ce fut un noble Jean Przypkowski, membre de la secte des antitrinitariens (ariens) qui affranchit alors tous les serfs habitant 5 villages à lui appartenant. La dernière mention concerne aussi un cas bien connu de l’histoire de Pologne: l’affranchissement de Bartosz Głowacki, paysan glorieusement connu par ses exploits héroïques dans la bataille de Racławice (1794).
L’affranchissement s’effectua, dans les cas les plus fréquents, par le rachat, c’est-à-dire que le serf payait pour son affranchissement au seigneur une somme d’argent. Il se produisit aussi fréquemment que les seigneurs affranchissaient leurs serfs en récompense de leurs services fidèles ou de leurs mérites rendus au cours des guerres etc. D’autre part, il faut souligner que parfois les affranchissements furent précédés par des évasions des serfs et ce ne fut alors qu’après des longues années même que les affranchissements se firent lors de la revendication des serfs évadés dans les cas où ils étaient disposés à payer un rachat convenable.
Lors de leur affranchissement les affranchis se rendaient le plus souvent aux grandes villes royales comme Cracovie ou Poznań. Il n’y a rien d’étonnant puisque, conformément à la coutume, les serfs affranchis établis dans un village risquaient de redevenir après une année et 6 semaines serfs du seigńeur de ce village. Ce ne furent alors que des villes royales qui purent garantir la liberté aux serfs nouvellement affranchis.
Le nombre des affranchissements, en général individuels, fut trop peu élevé pour qu’on puisse attribuer à ce mouvement une influence réelle sur l’amélioration générale du sort de la population paysanne. Ce mouvement concerna surtout les paysans plus riches, comme des meuniers, taverniers etc., ou bien ceux des serviteurs que n’ayant pas touché leurs salaires devinrent créditeurs des seigneurs. Il se firent aussi des affranchissements entièrement gratuits, en particulier des serfs anciennement évadés qui au moment de leur revendication par leurs seigneurs furent déjà incapables au travail. On voit donc que la noblesse n’acceptait à diminuer par voie des affranchissements la main-d’oeuvre dont elle avait toujours besoin dans les „réserves” que moyennant finance.
Les termes de „libertatio”, de „emancipatio”, de „manumissio” donnés aux actes d’affranchissement constituent une preuve de l’influence des notions antiques sur les idées juridiques de la noblesse polonaise aux XVI—XVIII-e siècles.
Si l’on compare les conditions polonaises avec celles de la Bohême on y retrouve des analogies frappantes dans le domaine de l’affranchissement des serfs. Il n’y a rien d’étonnant, cette institution liée avec le régime féodal se retrouve dans tous les pays ayant l’organisation sociale et économique semblables.
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