O państwie i Państwie
Okładka czasopisma Czasopismo Prawno-Historyczne, tom 10, nr 2, rok 1958
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Słowa kluczowe

histoire du langage juridique
notion d’État
mot "państwo"
terminologie politique polonaise
évolution sémantique

Jak cytować

Matuszewski, J. (1958). O państwie i Państwie. Czasopismo Prawno-Historyczne, 10(2), 77–104. https://doi.org/10.14746/cph.1958.2.03

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Abstrakt

Le substantif państwo correspond, en polonais contemporain, à l’Etat. Cependant cette acception du mot est d’origine récente, l’anclen polonais l’ignorait complètement. Il employait, par contre, le mot dans les sens beaucoup plus variés et beaucoup moins rigoureux à la fois. Le dépouillement des textes et des vocabulaires polonais depuis la fin du 14e siècle où le terme apparaît pour la première fois jusqu’au 19e siècle, nous revèle une richesse extrême de ses significations.

Le państwo est d’abord l’état de quelqu’un qui se caractérise par les traits propres au seigneur, par la grandeur, la splendeur, la noblesse. Il joue aussi, le rôle d’un nomen actionis, et alors il désigne la fonction de dominer, de régir, dominatio. Il désigne parfois le pouvoir quel que soit son titre, ainsi que le régime autocratique, de même que la dignité d’un officier. Dans les actes juridiques, il reprend souvent le sens du droit de propriété. Par suite, on note le passage du sens: il s'étend aux biens fonds qui forment cette propriété. Il équivaut alors à la seigneurie au sens médiéval du mot où les conceptions de la propriété et du pouvoir se sont inextricablement entremêlées. Puisque le państwo désigne le domaine dans lequel le seigneur exerce son pouvoir, il peut, aussi, désigner — restant toujours dans le même ordre d’idées — le territoire plus été du où s’exerce le pouvoir d’un officier royal, le staroste (la starostie), d’un magistrat de terre, le voïvode (la voïvodie), et fréquemment la circonscription de l’officier que les sources dénomment pan-dominus tout court, le castellan (la châtellenie). Cependant le mot państwo n’est pas reservé aux circonscriptions administratives de l’ancienne Pologne seulement, il désigne, aussi, une province cuelconque, même un pays, un royaume. Parfois, par un glissement du sens, il devint synonyme de fiscus ou des richesses (divitiae).

Un groupe à part des significations du substantif en question reste en rapport avec la valeur productrice collective du suffixe -stwo. Le państwo — en ce rôle — désigne le groupe des grands des seigneurs qui se sont rassemblés, le sénat. Le plus souvent, il équivaut à un groupe restreint de deux personnages appartenant à la classe féodale, au dominus et à la domina formant le ménage.

Toutes ces acceptions tirées des textes anciens ne sont plus usitées en polonais moderne, à l’exception du sens col ectif surtout pour nommer le ménage. (Il va de soi qu’avec le progrès de la démocratisation le państwo désigne tous les ménages sans tenir compte de leur appartenance sociale). Par contre, le langage moderne connaît le sens bien rigoureux relatif à la plus importante création du droit public, à l’Etat. Cette acception, nous le savons, n’était point connue du langage ancien. Il est vrai que le państwo désignait le pays, le royaume; cependant on en est venu au même titre que pour les autres circonscriptions territoriales dénommées aussi państwo, bien que l’idée de l’Etat n’y entrât point en ligne de compte. L’imprécision du terme était donc parfaite, il désignait un territoire quelc nque, plus ou moins étendu où s’exerçait le pouvoir d’un seigneur, d’un officier, d’un prince ou d’un roi. L’idée du pouvoir y pénétrait sans aucun doute, l’idée moderne de l’Etat lui était entièrement étrangère. Par quelle voie en est-on donc arrivé au sens actuel du mot?

Rappelons nous, tout d’abord, que l’emploi des dérivés du latin status dans le sens moderne — emprunté, du reste, au bas latin — est généralement attribué à Machiavel. Dans son ouvrage, devenu célèbre, il déclara que les stati sont à repartir en républiques et en monarchies. Lo stato ainsi défini se répand en Europe entière, aussi bien dans les pays des langues romanes que dans ceux des langues germaniques (État, estado, state, Staat, staat). En France, dans cette acception rigoureuse, il est connu, certes, au 17e siècle — Jean Bodin écrivit encore Les Six Livres de la République. En Allemagne le Staat est relevé à partir du 1677. Cependant le terme ne fut pas reçu par les langues slaves qui, cette fois, se s nt servis de leur propre vocabulaire pour en former le correspondant (russe gosudarstwo, serbe drżawa. pol. państwo).

L’anclen polonais, avant qu’on soit arrivé au concept précis de l’Etat, employait d’autres termes au sens analogue, mais beaucoup moins précis. Ce rôle fut joué par le królestwo, le księstwo, la ziemia — le royaume, le duché, la terre. Comme la distinction entre le chef de l’Etat et l’Etat lui-même apparaît, en Pologne, au 14e siècle, pour remédier à la lacune lexicale, on fait l’emprunt au latin. C’est ainsi que la Korona (Couronne) fut alors introduite. Aussi la République fut longtemps en usage (le pol. Rzecz pospolita = chose publique est un calque exact de son modèle latin et éprouvé tel durant des siècles). Au 16e siècle nous rencontrons dans les ouvrages consacrés à la doctrine politique le terme policja (du politeja).

Tous ces substantifs mentiornés, d’origine étrangère devaient pourvoir à la
carence terminologique du polonais. Tous, cependant, n’ayant pas accepté le sens univoque ne parvinrent pas à remplir la fonction attendue d’une manière durable. On s’est donc adressé au vocabulaire polonais pour y trouver le terme adéquat. Le premier essai fut accompli au 18e siècle avec le mot stan — état. Le correspondant français, on le sait, fut employé dans plusieurs sens qui équivalaient aux allemands Zustand, Stände, Staat, son équivalent polonais ne connaissait que les deux premiers sens. Suivant le modèle français, à l’épocue où l’influence de ce pays était prépondérante en Europe, on appliqua à l’ancien mot la désignation nouvelle, celle de l’Etat. Ainsi apparurent les expressions: zamach stanu, mąż stanu, sprawa stanu, zbrodnia stanu, calques exacts des coup d’Etat, homme d’Etat, affaire d’Etat, crime d’Etat etc. On n’a même pas reculé devant la traduction de la nouvelle confédération d’Etats née vers la fin du 18e siècle, des United States de l’Amérique du Nord, par Stany Zjednoczone. Mais ces expressions toutes faites à part le mot n’a pas fini par devenir le terme technique. Cet insuccès évoqua un essai réitéré.

Nous avons vu que le mot państwo était équivoque. Mais, au 18e siècle, quelques acceptions anciennes tendent à disparaître. Des circonscriptions administratives polonaises perdent toute leur valeur réelle, le państwo-seigneurie se justifie, de moins en moins, avec la chute du régime seigneurial. Ainsi dégagé, le państwo employé depuis longtemps comme synonyme du pays ne tarde pas à devenir le terme technique équivalant à l’Etat. Une fois admise, l’acception nouvelle contribue à repousser rapidement de la langue courante les désignations anciennes. Au 19e siècle, encore, on rencontre le mot państwo dans le sens ancien de la seigneurie; son emploi devient d’ailleurs de plus en plus rare. On rencontre, aussi, d’autres termes synonymes qui servaient à désigner l’Etat (entre autres la policja). La langue d’aujourd’hui démontre que le processus est entièrement achevé. Et cela dans deux directions.

Les synonymes du państwo ont bien soit disparu (Je stan), soit subi une déviation de leur sens (la république, la police). Cette victoire du państwo sur ses synonymes reste doublée par la perte de presque toutes les acceptions anciennes du terme devenues incompréhensibles pour le Polonais contemporain; ce fait a donné, maintes fois, l’occasion à la confusion dans les ouvrages historiques. La désignation qui sut seule résister à la tendance monopoliste du Państwo-Etat fut le nomen collectivum, joint surtout au ménage. Bien que les sphères de ces deux acceptions soient très éloignées et, par conséquent, ne se prêtent pas à l’équivoque, néanmoins le polonais moderne tend à les différencier par la flexion et par la syntaxe.

 

https://doi.org/10.14746/cph.1958.2.03
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