Abstrakt
La condition des paysans dans les villages, qui en 1815 furent compris dansles limites de la République de Cracovie, était pénible. Ils fournissaient — outre des prestations de moindre importance en nature et en argent — non seulement des corvées comptant 260 jours par an, mais étaient en plus poussés à l'ivrognerie par les propriétaires des débits de boissons. D'autre part, le niveau de l'instruction dans les villages de la République était pendant une longue période bien bas, vu le manque d'instituteurs et de locaux convenables pour les écoles.
En vertu de l'art. XI du traité additionnel de Vienne du 3 mai 1815, concernant Cracovie, fut créée une commission, qui avait pour but l'affranchissement des paysans (obligés dorénavant de payer le cens) dans les domaines nationaux et religieux, et cela suivant les principes établis par la commission d'organisation, envoyée par les Etats protecteurs — c.-à-d. l'Autriche, la Russie et la Prusse — afin d'organiser la République de Cracovie. Ces principes furent fixés par les instructions du 12 mars 1816, rédigées principalement par Miączyński, membre de la commission d'organisation. Les instructions contenaient non seulement des concessions accordées à la classe féodale, qui craignait que la réforme ne fût pas appliquée au Royaume de Pologne, mais s'avéraient aussi errennées en ce qui concerne les taux du barème, d'après lequel devaient être calculés les cens sur la base des anciennes corvées. Ces taux notamment étaient trop élevés.
En conséquence, la réforme rendit la lutte de classe encore plus âpre, et cela en premier lieu dans les villages, qui attendaient parfois très longtemps d'être organisés d'après les nouveaux principes, ainsi que dans les villages privés, auxquels la réforme n'avait point touché. Par suite des charges trop lourdes, que les communes n'étaient pas en état de supporter, — cette lutte s'accrut aussi dans les villages déjà réorganisés. Plusieurs d'entre ces villages préférèrent même demeurer dans le servage ou d'y retourner. De cet accroissement de la lutte de classe témoignent les faits — puisés dans les archives et cités par l'auteur— tels que la résistance des paysans, ainsi que les mesures réactionnaires prises à leur égard par le gouvernement de la République de Cracovie, c.-à-d. le sénat.
Les effets de la réforme étaient critiqués dans rassemblée des représentants (la diète) de la République de Cracovie. Cette assemblée ne manquait pas de blâmer la commission paysanne, quoique en partie injustement, attendu que celle-ci était liée par les instructions du 12 mars 1816 données par la commission d'organisation, et ne pouvait rien y changer. Le gouvernement de la République critiquait vivement, lui aussi, pendant un certain temps la commission paysanne.
De sorte que, lorsqu'en 1833 les Etats protecteurs déléguèrent à Cracovie une nouvelle commission pour la réforme des institutions de la République de Cracovie, cette commission s'occupa aussi de la réforme paysanne. Elle émit de nouvelles instructions en date du 28 septembre 1833 (reproduites in extenso dans l'annexe à l'article), dans lesquelles elle abaissa les taux relatifs au calcul des cens, basé sur l'évaluation des corvées. Elle les abaissa cependant d'une manière insuffisante, d'autant plus que dans la République, où l'industrie était peu développée, on notait un écart considérable entre les prix en général bon marché des denrées agricoles, et les prix beaucoup plus élevés des produits industriels. Il en résultait, que le paysan pour acheter p. ex. une paire de bottes devait vendre deux boisseaux d'orge au moins.
La réforme fut accomplie très lentement: commencée en 1815, elle ne fut terminée qu'en 1837. Elle n'était réalisée qu'à moitié à cause de l'opposition des grands propriétaires fonciers. Au lieu de l'émancipation complète des paysans, elle introduisait l'institution du domaine divisé — étrangère au code Napoléon en vigueur dans la République de Cracovie — qui condamnait les paysans au rôle d'usufruitiers des exploitations agricoles dans les communes affranchies. Le progrès de la réforme consistait dans l'abolition des rapports d'affermage entre les paysans des domaines nationaux et religieux d'une part, et le seigneur des villages, c.-à-d. le trésor de l'Etat ou les institutions religieuses de l'autre, rapports existant toujours encore dans les domaines privés, que la réforme, ainsi que nous le savons, avait épargnés. Le fait que ces derniers domaines avaient été exclus de la réforme, influa sur celle-ci d'une manière nettement défavorable.
C'est tout autrement que fut résolu le problème paysan par le gouvernement révolutionnaire polonais, qui se constitua à Cracovie le 22 février 1846. En effet, non seulement il affranchit tous les paysans, donc aussi ceux des domaines privés, mais il menaça de peine de mort tous ceux qui réclameraient le servage. Or, le gouvernement révolutionnaire fut aboli sous la pression militaire des Etats protecteurs, le 4 mars 1846, et sa chute fut suivie de la réaction, dirigée par l'Autriche, qui incorpora définitivement la République de Cracovie, le 11 novembre 1846, aux terres de l'empire.
Cependant, les actes du gouvernement révolutionnaire de 1846 furent pleinement approuvés deux ans plus tard, notamment en février 1848 à Bruxelles, par Marx et Engels. En effet, ces derniers les désignèrent comme actes, dont le but était de détruire la Pologne féodale, et de fonder sur ses ruines, avec l'aide de la majorité de la nation, une Pologne moderne et démocratique.
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