Abstrakt
En 1830/31, nous voyons se manifester, à l’intérieur de la Pologne, une lutte entre les camps d’indépendance et de réaction. Le premier de ces camps était composé d’éléments appartenant aux milieux intellectuels urbains, pour la plupart d’origine noble, et se trouvant en contact avec les niasses plébéiennes. Le deuxième — antipopulaire et antinational — représentait les classes possessionnées désirant mettre fin à l’insurrection et prévenir toute révolution sociale.
L’auteur caractérise ensuite les groupes influents de la réaction, nottamment ceux formés autour des princes Lubecki et Czartoryski, ainsi que le groupe de Kalisz.
La Société Patriotique de Varsovie constituait alors le foyer des idées politiques radicales. La gauche de cette société, se formant au fur et à mesure que se développait l’insurrection, représentait nettement le courant idéologique progressiste. La société avait été fondée par les membres civils de la conjuration de Wysocki qui avait provoquée l’insurrection. L’association de Wysocki ne nourrissait point d’idées politiques et sociales concrètes. Or, la Société Patriotique, en se constituant le 1 décembre 1830, avait avancé un programme politique contenant des idées très générales. Le seul but qui avait été désigné avec netteté était celui d’indépendance de même qu’avait été soulignée la nécessité d’agir sur l’opinion publique afin de réaliser ce but, et d’exercer une pression sur le gouvernement, dominé par les éléments de réaction, pour qu’il menât l’insurrection résolument. Le programme réel — politique et social — de la société s’établissait graduellement au fur et à mesure du développement de l’insurrection. Ce programme est difficile à préciser, vu les divergences idéologiques au club, et la quantité relativement peu importante d’opinions communes à toute l’association. En poursuivant le but de l’indépendance, la Société Patriotique estimait indispensable de tirer du pays les ressources nécessaires et d’éveiller l’esprit national. On comptait sur la sympathie des peuples dans la lutte pour l’indépendance de la Pologne, en particulier sur celle du peuple russe, en proclamant à son égard le mot d’ordre: „pour notre liberté et la vôtre“. Un nombre considérable des membres de la société liaient leurs aspirations à l’indépendence à des revendications de réformes sociales. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’idée, qu’il proclamaient, de révolution sociale. Le club n’a guère formulé de revendications uniformes et précises en ce qui concerne la question paysanne. L’ensemble des membres de la société étaient pour le changement de la condition des paysans, et comprenaient la nécessité de supprimer le servage, d’appeler les masses paysannes sous les armes et de lever tout le pays. Cependant les différences d’opinion quant à l’étendue et le sens des réformes concernant les paysans étaient très considérables. Zaleski appartenait au groupe restreint qui exigeait leur affranchissement décidé et immédiat. D’autre part, Szaniecki — qui, quoique n’étant pas membre de la Société Patriotique, faisait part du camp des radicaux — était, partisan de l’affranchissement moyennant dédommagement. 11 représentait les intérêts de la réserve seigneuriale en train de passer à l’économie capitaliste.
Le camp radical n’approuvait pas la constitution de 1815 et comprenait la nécessité d’apporter des changements à cette loi fondamentale; néanmoins, il ne proposait pas son propre projet de constitution. Il n’avait pas, non plus, une conception uniforme et nette d’une nouvelle forme de gouvernement. Par contre, des conceptions dues à des particuliers — appartenant surtout à la gauche de la Société Patriotique — étaient apparues, en préconisant, toutefois, des solutions peu concrètes. Une partie importante de la Société Patriotique était pour la monarchie constitutionelle néanmoins, on voyait aussi surgir parmi ses membres l’idée républicaine. Il est possible d’observer que le nombre des conceptions relatives au changement du régime politique s’accroît avec les coups portés par l’ennemi à l’insurrection, ainsi qu’avec la conviction, de plus en plus forte parmi les radicaux, que le régime politique existant sert les intérêts de la réaction (Les conceptions relatives à l’organisations des autorités militaires supérieures — dans les colonnes de Nowa Polska et à Bolimow. Le projet de remise du pouvoir entre les mains d’un collège, soumis à la diète après les événement du 15 août 1831, étant en opposition avec la conception de confier le „gouvernement national“ au président du Conseil des Ministres).
Afin de comprendre l'importance de l’idéologie des radicaux, sa force et sa faiblesse, il importe d’observer le régime insurrectionnel — instrument dans les mains du camp antipopulaire et antinational —, ainsi que l’attitude à son égard de ceux qui manifestaient des idées avancées. Le camp de la réaction se trouvait, dès le début, à la tête de l’insurrection, et avait organisé les autorités suprêmes d’Etat, exprimant ses intérêts (Le Gouvernement National, la diète en tant qu’autorité suprême représentant le pouvoir souverain du „peuple“, le commandant en chef de l’armée). Les droits étendus de dictateur et de chef de l’armée avaient été mis à profit par les généraux — qui s’étaient succédés — dans leurs tentatives de capitulation d’une part, et de soumission des radicaux de l’autre.
L’auteur parle ensuite brièvement de l'organisation de l’administration locale, des finances, des services militaires, de la justice, ainsi que de la création par la réaction et de l’exploitation par celle-ci d’institutions adaptées à ses propres buts. Le mécanisme compliqué, et difficile à manier, des autorités suprêmes d’Etat avait été mis à profit pour livrer le pays à la Russie des tsars, pour étouffer l’action du camp progressiste, et non pour mobiliser les forces de la nation dans la lutte pour l’indépendance.
L’auteur montre l’influence des radicaux sur les modifications apportées au régime politique (la transformation du Conseil Administratif en Gouvernement Provisoire, la reconnaissance de la „révolution“ comme nationale, le détrônement du tsar), leur rôle consistant à démasquer la félonie du commandant en chef et à créer une atmosphère de lutte contre la réaction, atmosphère qui a influé très fort, le 15 août 1831, au moment où la justice s’est trouvée entre les mains du peuple. Cependant, le côté négatif du programme des membres de la Société Patriotique, ainsi que leur critique du régime existant, étaient beaucoup plus accentués et plus précis, que le côté positif de leur idéologie. Le fait que la question agraire n’avait pas été posée par eux d’une façon claire, uniforme et décidée, et, d’autre part leur éloignement trop grand des masses populaires — avaient constitué les raisons principales de la faiblesse de leurs propres conceptions et des tentatives pour les réaliser, ainsi que de la faiblesse de leur opposition à la réaction et aux institutions au service de celle-ci.
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