Abstrakt
L’étude du problème de la situation de la classe ouvrière de la Haute Silésie est à quelques égards particulièrement utile. La Haute Silésie est celle des provinces polonaises qui est entrée très tôt, notamment vers la fin du XVIII-e et au commencement du XIX-e siècle dans la voie du développement capitaliste et qui, déjà vers la moitié du XIX-e siècle, formait un district fort industrialisé. Cependant nos connaissances du rôle et de la situation des créateurs de cette industrie sont fort rares. D’un autre côté des travaux existants sur cette question, d’origine surtout allemande, contiennent beaucoup de données fausses et exigent une révision. Le travail présent a pour but de mettre en lumière, à l’aide des matériaux d’archives, quelques problèmes de la situation juridique des ouvriers de Haute-Silésie depuis la fin du XVIII-e siècle jusqu’aux années 70 du XIX-e siècle.
La situation très pénible des ouvriers de la Haute Silésie pendant la période en question a été le résultat de leur arriération politique générale, d’une exploitation inexorable et de l’asservissement renforcé par différentes formes de la dépendance de l’ouvrier de son patron. Ses formes ont été étroitement liées à tout le système de l’exploitation qu’elles complétaient. Le régime de la dépendance de l’ouvrier de son patron a été fort étroit.
La constatation adoptée d’avance, que la répartition inégale des moyens de production est la source principale de la dépendance de l’ouvrier de l’entrepreneur capitaliste, a permis de passer immédiatement à l’analyse de quelques formes de l’asservissement des ouvriers.
Dans son atelier de travail l’ouvrier était soumis au pouvoir du patron et de ses fonctionnaires. Il a dû respecter une discipline de travail sévère, dirigée surtout contre les différentes formes de la lutte de classe et qui trouvait son reflet dans les prescriptions imposant des punitions pour „une désobéissance sérieuse et une opposition impertinente“. On essayait de garantir le respect de la discipline par des mesures disciplinaires sévères. La répression disciplinaire, avant la moitié du XIX-e siècle, prenait souvent la forme de la contrainte extraéconomique (le fuet, arrêt de mine). Depuis la moitié du XIX-e siècle le développement rapide du capitalisme se réalisait surtout grâce à l’exploitation renforcée de la main d’oeuvre ouvrière, ce qui signifiait à son tour l’aggravation de la discipline de travail, fondée alors sur la discipline de la faim.
Depuis la moitié du XIX-e siècle une nouvelle forme de la mise en dépendance des ouvriers de leur patron prend une importance spéciale, à savoir ce qu’ on appelle d’après Engels „la question de logement“. L’entrepreneur qui loue, donne en bail, ou même vend le logement ou une parcelle à son ouvrier, par versements, le met en dépendance de lui, ce qui influait d’une façon essentielle sur la formation effective du rapport de travail. Le sens de la „question de logement“ dans la Haute-Silésie, dont parle l’article, se manifestait ainsi, que le patron pouvait punir l’ouvrier qui dépendait de lui à cet égard, en le privant, s’il prenait part à la lutte de classe, dans chaque temps et sans aucune indemnité, des moyens fondamentaux d’existence — du logement et de la parcelle, c. à d. du revenu supplémentaire qui complétait le quantum des moyens de consumption nécessaires à la vie. Il ne faut pas oublier que les revenus supplémentaires d’une famille ouvrière deviennent avec le temps des revenus nécessaires, parce qu’ils permettent au capitaliste de réduire la paie audessous du minimum de salaire nécessaire, les différences étant complétées par le revenu casuel.
Le régime administratif arriéré de la Silésie complétait le système de la dépendance de l’ouvrier de son patron. Le système communal lié dans la Haute Silésie avec l’existence de la grande propriété rurale, garantissait au propriétaire agricole du lieu, qui étai souvent, en même temps, un gros industriel, une prépondérance décisive dans toutes les questions essentielles de la vie publique de la commune. Le propriétaire rural — et industriel à la fois — exerçait le pouvoir policier par rapport à la population du terrain, où se trouvait sa propriété rurale. Le gendarme et le gardien de l’entreprise ont eu les mêmes mandats.
Enfin une grande importance pour la disposition des forces de classe eut la disproportion entre la force d’organisation du capital et des capitalistes et celle de la classe ouvrière, privée dans la Haute Silésie, jusqu’aux années 60 du XIX-e siècle, d’une organisation durable. La centralisation du capital dans la Haute Silésie a été considérable et s’accroissait toujours depuis la moitié du XIX-e siècle. Une puissante organisation des capitalistes, de Haute Silésie (Oberschlesischer Berg und Hüttenmännischer Verein), ayant toujours à sa disposition la police et la troupe militaire — a pu opposer aux ouvriers toute la puissance de son organisation et étouffait souvent en germe les actions des ouvriers.
Tous ces éléments empêchaient sérieusement la classe ouvrière de Haute Silésie de passer de la lutte de classe élémentaire à la lutte politique organisée. Les ouvriers de la Haute Silésie menaient pendant toute cette période un combat obstiné contre l’exploitation et l’oppression. Cette lutte s’exprimait par une résistence élémentaire, par les actions individuelles, ensuite par le mouvement de grèves, encore élémentaire. mais qui prenait de plus en plus la forme de la grève de masse. Ce mouvement subissait encore des défaites, on l'étouffait vite, mais dans l’ensemble il a contribué entre autres, à la liquidation progressive des anciennes formes de l’exploitation féodale et de la sujétion (p. ex la peine de fouet, l’arrêt de mine).
La transition aux formes d’organisation supérieures — c’est la transition à la lutte systématique, quotidienne, menée d’une façon organisée et donnant les mots d’ordre politiques. Cette transition a été difficille dans les conditions, où le capitaliste qui était immédiatement intéressée, à étouffer les actions des ouvriers, disposait d'un arsenal de moyens si puissant, comme la privation du travail, la privation du logement, les mesures disciplinaires les répressions politiques. L’application fréquente de ces mesures a êté une des causes qui ont rendu la voie du prolétariat de Haute Silésie à la lutte politique et aux formes supérieures d’organisation si longue et pénible.
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